Analyse·March 10, 2025·7 min

Stratégie Iron Condor : Générer des revenus mensuels sur le SPX

La vente d'iron condors sur le SPX constitue une stratégie de revenus régulièrement déployée depuis quatre ans sur les marchés. La mécanique est bien documentée par ailleurs ; cet article se concentre sur les règles spécifiques appliquées : sélection des strikes, timing d'entrée, gestion de position, et ce qui va vraiment mal en pratique.

La configuration

Un iron condor sur le SPX est une position à quatre jambes : vente d'un put OTM, achat d'un put encore plus OTM (limitant le risque à la baisse), vente d'un call OTM, achat d'un call encore plus OTM (limitant le risque à la hausse). Le profit maximum correspond à la prime nette encaissée si le SPX expire entre les deux strikes courts. La perte maximale est égale à la largeur d'un spread moins la prime collectée.

La stratégie utilise des expirations mensuelles, avec une entrée 25 à 30 jours avant l'expiration. L'objectif est de collecter 30 à 35 % de la largeur du spread en prime nette. Sur un condor à 100 points de large (courant avec le SPX au-dessus de 5 000), cela représente 30 à 35 $ par spread. Perte maximale par spread : 65 à 70 $. Le trade n'a de valeur espérée positive que si le taux de succès dépasse environ 65 % — ce qui se vérifie dans le temps avec une gestion rigoureuse.

Sélection des strikes

Les strikes sont sélectionnés sur la base du delta, non sur des chiffres ronds. Le put court est typiquement le put de delta 15 à 18, et le call court est typiquement le call de delta 10 à 12. Cette asymétrie est intentionnelle : les marchés baissent plus vite qu'ils ne montent, et le skew de volatilité rend les options baissières plus chères. En vendant un put de delta plus élevé que le call, on collecte davantage de prime côté baissier, là où le vrai risque réside.

Les strikes longs se situent 50 à 75 points plus loin hors de la monnaie que les strikes courts. Des spreads plus larges impliquent plus de capital en risque, mais aussi un plus grand tampon avant que les strikes longs deviennent pertinents. La largeur minimale est fixée à 50 points sur le SPX — les économies sur les spreads plus étroits ne justifient pas la réduction de la marge d'erreur.

Règles de gestion

C'est là que la plupart des traders de revenus perdent de l'argent : une mauvaise gestion. Les règles sont non négociables.

Règle 1 : Prendre les profits à 50 % du gain maximum, ou à 21 jours avant expiration, selon la première échéance. Les recherches sur les spreads à risque défini montrent systématiquement que maintenir la position jusqu'à l'expiration n'ajoute que peu de valeur espérée tout en ajoutant un risque gamma significatif dans les deux dernières semaines. La clôture anticipée est la règle absolue.

Règle 2 : Clôturer le côté testé s'il atteint 200 % de la prime collectée. Si le put spread a été vendu pour 15 $ et que le put court vaut maintenant 30 $, l'intégralité du condor est clôturée — pas uniquement le put spread. Le crédit restant du call ne vaut pas la volatilité P&L engendrée par la gestion d'un condor cassé.

Règle 3 : Ne jamais ajuster — rouler ou clôturer. Il n'y a pas de "legout" par clôture d'un côté en espérant que l'autre se rétablisse. C'est une façon d'augmenter simultanément la complexité et le risque. Si le condor est menacé, la décision est binaire : le clôturer ou le rouler intégralement sur le mois suivant à de meilleurs strikes.

Ce qui peut mal tourner

La réponse honnête : tout fonctionne jusqu'au jour où ça ne fonctionne plus. Les iron condors sont des stratégies short gamma, short volatilité. Dans un environnement de faible volatilité et de marché en range, ils génèrent des revenus de manière constante. En 2022, lorsque le SPX a dépassé 2 % de mouvement journalier à répétition, les condors standard étaient stoppés semaine après semaine. Cette stratégie n'est pas du "revenu sûr" — c'est un pari que la volatilité réalisée sera inférieure à la volatilité implicite.

Le pire mois vécu par la stratégie : février 2018, l'événement « Volmageddon », où le VIX a doublé en une seule séance. La perte a été significative. La leçon : le dimensionnement est capital. Le risque est désormais limité à 2 % maximum du portefeuille total par position de condor. Si la stratégie est profitable 75 % des mois, il faut encore un sizing strict pour survivre aux mois perdants sans faire exploser le compte.

En pratique sur 48 mois : 38 mois profitables, 10 mois déficitaires. Gain moyen : 2 800 $. Perte moyenne : 5 200 $. Net : profitable, mais la distribution est irrégulière. Cette stratégie n'est pas adaptée à un investisseur qui ne peut pas supporter des mois de drawdown après une série de gains.

— Analyse de l'équipe averin.com

A
Ruslan AverinInvestisseur & Analyste de Marchés

Écrit sur l'allocation de capital, le risque et la structure des marchés.