La BCE maintient à 2,00 % — et laisse immédiatement entendre que cela ne durera pas
30 avril 2026. Taux de dépôt de la BCE : 2,00 %. Inchangé.
Le Conseil des gouverneurs a maintenu les trois taux directeurs — taux de dépôt à 2,00 %, opérations principales de refinancement à 2,15 %, facilité de prêt marginal à 2,40 %. La décision était largement anticipée. Ce qui a suivi lors de la conférence de presse de la présidente Christine Lagarde l'était moins : une reconnaissance franche que la situation inflationniste s'est nettement dégradée, et une posture de communication que les marchés ont rapidement interprétée comme une préparation à une hausse en juin.
Onze jours plus tard, cette lecture ne s'est que renforcée. Une enquête Bloomberg publiée le 11 mai montre qu'une majorité d'économistes anticipent deux hausses des taux de la BCE en 2026. Les traders sur Polymarket évaluent la probabilité d'une hausse de 25 points de base lors de la réunion des 11–12 juin à 76,5 %.
La BCE, qui a passé l'essentiel de 2024 et du début 2025 à abaisser ses taux vers un niveau terminal supposé, a désormais inversé le cap — non pas parce que l'économie est solide, mais parce que les prix de l'énergie ne coopèrent pas.
Ce qu'a décidé la BCE — et pourquoi elle a maintenu ses taux
Le maintien du 30 avril n'était pas un vote de confiance. La déclaration de Lagarde a reconnu que l'inflation avait atteint 3,0 % en avril 2026, contre 2,6 % en mars et 1,9 % en février. L'inflation énergétique a accéléré à 10,9 % en glissement annuel — le niveau le plus élevé depuis début 2023 — sous l'effet des perturbations du transit par le détroit d'Ormuz après l'éclatement du conflit avec l'Iran fin mars.
L'inflation sous-jacente — hors énergie et alimentation — a légèrement baissé à 2,2 % contre 2,3 % en mars. L'inflation des services a reculé à 3,0 % contre 3,2 %. La BCE a interprété cela comme la preuve que les pressions inflationnistes fondamentales restent contenues.
Le Conseil des gouverneurs a qualifié les perspectives économiques de « très incertaines » et a eu recours à la formulation habituelle de dépendance aux données et d'approche réunion par réunion.
La toile de fond économique : des signaux stagflationnistes se multiplient
Le PIB de la zone euro a progressé de 0,1 % en glissement trimestriel au premier trimestre 2026 — le plus faible résultat trimestriel depuis deux ans, en dessous des attentes du consensus à 0,2 %. En glissement annuel, la croissance s'établissait à 0,8 %, en nette baisse par rapport aux 1,3 % du trimestre précédent.
La composition de la croissance du T1 illustre la divergence au sein du bloc. Le PIB allemand a progressé de 0,3 % en glissement trimestriel, soutenu par les dépenses de défense et d'infrastructure. La France a stagné à 0,0 %. L'Espagne et l'Italie ont montré les premiers signes de répercussion des coûts énergétiques sur la production.
Les économistes décrivent la configuration émergente comme stagflationniste : un choc externe pousse l'inflation à la hausse tout en pesant simultanément sur la croissance. Pour la BCE, c'est l'environnement de politique monétaire le plus difficile qui soit.
Ce que disent les marchés à terme pour juin
La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE est prévue les 11–12 juin 2026. Au 12 mai, les marchés monétaires intègrent au moins deux hausses des taux de la BCE avant la fin de l'année.
Le 7 mai, la membre du Directoire de la BCE Isabel Schnabel a déclaré que la banque centrale « pourrait relever ses taux dès le mois prochain » si la répercussion des prix de l'énergie sur l'inflation générale devenait plus marquée. Le 11 mai, le membre du Conseil des gouverneurs Martin Kocher a indiqué qu'une hausse des taux serait justifiée « si les perspectives d'inflation se détérioraient davantage ».
L'enquête d'économistes de Bloomberg va plus loin que la réunion de juin : une majorité attend désormais deux hausses en 2026, portant le taux de dépôt à 2,50 % d'ici fin d'année.
Implications pour l'EUR/USD et les marchés
La Fed a maintenu son taux des fonds fédéraux à 4,25–4,50 % le 7 mai. L'écart de taux est d'environ 225 points de base en faveur de la Fed. L'EUR/USD s'est redressé à environ 1,175 début mai. Les analystes de plusieurs grandes banques modélisent un test de la fourchette 1,18–1,20 d'ici le T3 2026.
Pour les investisseurs en obligations d'État de la zone euro, la réévaluation est déjà en cours. Les rendements des Bunds allemands à 2 ans ont progressé. Une hausse en juin prolongerait ce mouvement, avec des répercussions sur les taux hypothécaires et les spreads de crédit.
Le secteur bancaire européen — l'un des surperformants relatifs des marchés actions européens depuis le début du choc énergétique — continue de bénéficier de l'élargissement des marges nettes d'intérêt.
La BCE a maintenu ses taux le 30 avril. La voie de moindre surprise, au 12 mai, est une hausse de 25 points de base le 11 juin.
— Ruslan Averin
